Le bazar français de l’entrepreneuriat
Par Geneviève Bouché le Samedi 4 décembre 2010, 17:44 - à débattre - Lien permanent
Traitons les points noirs cachés
La « reprise » sans cesse annoncée tarde à montrer sa couleur. Les français savent bien que le problème de fond ne sont pas réglés : création d’entreprise laborieuse, PME sous-capitalisée, grandes entreprises délocalisées.
Pourtant, le gouvernement met en valeur tout ce qu’il fait pour assurer le renouveau des nos entreprises. Ce que les français entendent et de qu’ils vivent n’est pas synchronisé.
Ce qui est fait n’est apparemment pas ce qu’il fallait faire, ou pas fait avec les bonnes personnes.
On a beaucoup fait depuis 10 ans
Les médias ont largement venté le succès du statut d’auto-entrepreneur. Le ministre Novelli, auteur de ce dispositif, a finalement reconnu les aspects dramatiques de cette forme supplémentaire de précarisation des travailleurs. Déconvenue supplémentaire : les intéressés découvrent ce mois-ci la gruge fiscale qui est cachée à l’intérieur. Il n’y a pas d’impôt sur le revenu lorsque celui-ci est nul, certes, mais l’impôt local ne faisait pas partie de la promesse proclamée par Bercy. Bercy n’a parlé que pour ce qui le concerne. Il fallait lire les petites lignes : offensant.
Décidément, tout se passe dans ce pays comme si l’entrepreneuriat devait être freiné. Les élus ne cessent de mettre en valeur les efforts qui ont été faits depuis 10 ans : le guichet unique, les capital à 1 €, les pépinières, le réseau de business angles, le renforcement des moyens de l’Oséo …
Et pourtant, les résultats sont maigrelets. La morbidité est quasiment intacte (50% dans les 5 premières années), les PME sont toujours sous-capitalisées, les startups qui réussissent, après avoir fait le plein d’aides publique, sont vendues à des investisseurs étranger sitôt qu’elle deviennent des cash machines
A-t-on fait ce qu’il fallait ?
Ce qu’il fallait faire
Il y a tout juste 10 ans, le Medef déclarait ne pas s’intéresser aux PME et encore moins aux startups, estimant que d’autres structures, dont la CGPME étaient mieux placées pour le faire. Les chambres de commerce étaient pratiquement dans la même ligne de conduite.
Il s’agissait d’une époque de transition. Les « capitaines d’industrie » avaient été remplacés un par un par des dirigeants financiers, introduisant un nouveau mode de pensée nettement moins féodal, encore plus élitiste et très difficilement contrôlable par les pouvoirs publics.
Des dirigeants arrogants dotés de revenus mirifiques pilotés telle des marionnettes, inféodés à leurs actionnaires transnationaux se sont mis à donner le LA, à l’unisson. Il n’en fallait pas plus pour que nos sphères du pouvoir retrouve avec délectation le plaisir de décider pour le peuple, « entre gens de la haute » … arrogance, quand tu nous tient !
La pensée qui s’installe est totalement en faveur des entreprises du CAC 40. Au motif de séduire les investisseurs et d’éviter les délocalisations, qui se font de toutes façon, les petits arrangements n’ont pas de limite.
Pendant ce temps là, le paysage économique se transforme. L’Internet démontre, à ceux qui ne l’auraient pas déjà compris, que les grandes mutations se font via les startups. Flexibles et portées par des équipes motivées, elles déplacent les montagnes. Elles se mettent à jouer un rôle déterminant dans le renouveau permanent de l’économie.
Cependant, elles n’y parviennent que lorsqu’elles sont accompagnées dans leur mouvement : favoriser des idées qui à elles toutes créent une dynamique cohérente, organiser la sélection, ouvrir l’accès au marché réel … sans ces actions en arrière plan, l’effet recherché n’est pas obtenu.
Ce que nous n’avons pas fait
L’entrepreneuriat n’a pas bonne presse dans l’imaginaire des français. Certes, le patron est encore l’homme à abatte, mais l’entrepreneuriat moderne possède des atouts qui permettraient de dépasser les clichés. Qui n’a jamais rêvé de faire aboutir un projet, d’être maître se son destin et de devenir éventuellement riche.
En France, pour devenir, patron, il faut renoncer à sa protection sociale. Il faut se préparer à affronter des tribunaux de commerce organisés selon des règles établies il y a 400 ans. Il faut accepter de vivre dans le doute permanent au milieu de lois et de réglementations incertaines. Il faire face à une nuée de fonctionnaires qui vous explique les « marches à suivre » …
Il faut se débrouiller par soi-même à propos de tout. Par exemple, faire son marketing à l’aveugle ou encore lever des fonds dans un système qui n’est culturellement pas fait pour ça.
La « love monney », premier étage de la fusée, est très gênant. Ce sont vos proches qui sont pris à parti. Parler d’argent en famille n’est pas une chose aisée par ici.
La seconde partie de la fusée se construit avec les angels. Autant dire la vérité, il y en a une petite dizaine en France. Pour le reste, cela se passe au grès de la bonne volonté des réseaux ad hoc. C'est-à-dire au compte goutte. La notion de business angel nous vient de chez nos voisins anglo-saxons. Il y a longtemps qu’ils l’ont modernisée. Il est plus que temps que nous en fassions une notion adaptée à notre culture, très prude en matière d’argent.
En guise d’adaptation, nous avons développé des aides en tous genre, avec un tronc central confié à l’Oséo. Cette noble institution se rend très visible, mais il est assez difficile de connaître ses performances. Une part importante des sommes allouées irrigue les besoins de financement de projets réputés innovants de grandes entreprises. Malheureusement, la liste de ces innovations n’est pas publiée chaque année.
Depuis peu, les jeunes entreprises sont mieux irriguées. Cependant, des défauts subsistent dans le système. Sans politique précise, l’Oséo saupoudre. Sa vision désuète de la notion de projet innovant bloque un nombre significatif de projets prometteur. La définition des règles d’attribution étant confiée à des personnes n’ayant majoritairement jamais baigné dans l’entrepreneuriat, donne un résultat décourageant.
Bizarrerie persistance dans notre dispositif, il faut avoir créer son entreprise pour avoir des fonds. Ceci amène à créer des morts vivants. Ne serait-il pas plus simple de créer l’entreprise une fois qu’elle est en état d’affronter son marché (voir les « débutance » ?
Au dire de ceux qui n’en font rien, le CIR devient la panacée, tout comme la loi TEPA et avant eux les FCPI. La publication de bilan n’est pas très convaincante. La loi TEPA se retrouve dans l’immobilier. Les FCPI dans des projets déjà sorti de la passe délicate du développement de l’innovation.
Le CIR (crédit impôt recherche) est particulièrement dévoyé. Dans sa version initiale, il n’était accessible qu’aux grandes entreprises dotées de gestionnaires pointus et disponibles, tant les dispositions fiscales étaient pointilleuses.
Peu à peu, les startups, soutenues par des capitaux risqueurs, s’en sont emparés selon un sinistre scénario : la France apparaît aujourd’hui comme le lieu idéal pour faire germiner des startups. Les aides publiques, dont le CIR permettent de faire biberonner le nourrisson. Dès qu’il atteint l’âge de devenir une cash machine, il se vend au plus offrant, c'est-à-dire à l’investisseur étranger qui n’a eu de cesse d’agir en sous main en sa faveur et de lui faire quitter le territoire dés le rachat.
Toutes les startups ne disposent pas de tels d’anges gardiens. Pour assurer leur croissance, elles doivent cherche à atteindre le troisième étage de la fusée qui se trouve chez les capitaux risqueurs … mais l’ascenseur ne marche pas. Les capitaux risqueurs ne sont pas particulièrement malveillants. Ils ne sont pas tentés par les projets des startups parce que celles-ci ne trouvent pas de clients en quantité suffisante.
Il n’y a pas de « donneur d’ordre angel » en France. Le « small business act » à la Française est une légende dont la définition n’est toujours pas établie.
Les startup fixée en France constituent le plancton des PME. Nous manquons de PME … mais le Medef et nos élus en tous genres découvrent les problématiques de la PME. Pour le moment, nous en sommes aux déclarations volontaristes, mais pas plus.
La classe politique actuellement aux manettes ne connaît rien de l’entreprise. Elle prend ses références auprès de dirigeants qui ne sont pas de vrais dirigeants, mais simplement une classe cooptée sur des critères qui n’ont rien à voir avec l’entrepreneuriat, ni celui qui animait les Marcel Dassault et autres Louis Renault, ni les « capitaines d’industrie » qui lui ont succédé durant les 30 glorieuses. Ce sont les sartupers qui devraient être consultés, ceux dont notre système a forgé le caractère par l’échec, à défaut du succès.
Le renouveau industriel de la France, ardemment souhaité par la classe moyenne, ne trouve pas d’alliés dans les instances actuelles.
Ce que nous devons faire
A présent, pour propulser notre économie dans le 21ème siècle, nous avons besoin d’une nouvelle race d’entrepreneurs évoluant dans un contexte dont la cohérence met en synergie leur créativité et leur capacité à FAIRE. Il faut leur créer le cadre social et économique qui leur permet de croiser leurs désirs d’agir. Il faut orienter leurs projets afin qu’à eux tous, il constituent une économie harmonieuse et compétitive. Il faut leur permettre de prototyper leur offre et la mettre au point avec des donneurs d’ordre. Il faut recycler les projets avortés afin de ne pas détruire l’expérience acquise dans les échecs. Il faut veiller à délivrer un financement progressif qui ne repose pas sur la bonne volonté de quelques angels, mais sur un élan collectif citoyen basé sur une vision européenne de capitalisme collectif.
Cela demande nettement plus de réflexion et de combativité que ce que nous faisons actuellement. Cela demande aussi plus de créativité dans la restructuration de nos institutions, à commencer par les syndicats et les parlementaires qui doivent être élus dans un système qui permette d’atteindre une réelle représentativité d’âge, de géographie et de corporation.
Ainsi, nous pourrons demande à nos institutions d’être plus efficaces et plus prospectives.
