Renault : beau mais injuste et imprévoyant
Par Geneviève Bouché le Lundi 4 janvier 2010, 21:43 - actu - Lien permanent
Je vous recommande la pub de Renault « changeons la
vie, changeons l’automobile ».
Elle est belle et émouvante. Elle exprime les projets de l’entreprise. Des projets qui sont dans le sens de l’histoire : des voitures qui ne sont pas le support de l’arrogance individuelle, mais des outils de partage, respectueux de l’environnement.
http://www.renault.fr/decouvrez-renault/groupe/signature.jsp
Cette marque doit beaucoup aux contribuables français qui n’ont pas succombé à la tentation de faire valoir leur droit à la prime à la casse et à ceux, encore plus nombreux, qui n’ont pas eu la possibilité d’accéder à ce droit. Tous ceux-là et tous les enfants paient au prix fort le sauvetage de la marque.
Je dis bien sauvetage de la marque, pas des emplois : 25% seulement des voitures du constructeur sont fabriquées en France.
Délocaliser les tâches à faible valeur ajoutée est une erreur. Une entreprise industrielle fonctionne en un cycle composé d’une succession processus : celui qui imagine le produit, celui qui étudie comment le réaliser, celui qui le réalise, celui qui le vend, celui qui le répare … Toutes les personnes engagées parlent entre elles. Elle détectent des marges de progrès et proposent des solutions pour les mettre en œuvre.
La délocalisation consiste à sortir un maillon. A cause de l’éloignement, il ne communique plus correctement avec les autres maillons. L’expérience collective s’en trouve appauvrie.
En revanche, le pays d’accueil ne manque pas de s’instruire … parfois à peu de frais puisqu’il expérimente avec le bien de l’autre.
Ceci n’est pas une révélation. Naomi Klein l’expliquait très bien dans son livre No Logo en 2000, il y a 10 ans ! Tous ceux qui ont eu le plaisir de travailler dans l’industrie sont capables de dire que tout ceci n’est qu’une évidence. Les bonimenteurs qui ont fait croire qu’il faut produire là où sont les clients ont mal lu le manuel ou ont accepté l’inacceptable.
Notre savoir faire s’est dilué et nos emplois sont éparpillés.
Fallait-il sauver la marque qui a croqué dans le fruit défendu ?
- Oui, si on se contente de voir la force que dégage cette publicité actuellement sur nos écrans de TV.
- Pas si sure si on se dit qu’il serait pertinent de faire du neuf sur la base du meilleur de ce qu’il nous reste : les ingénieurs, les usines expérimentales et tous les corps de métier qui sont eux-mêmes en mutation via les « contrats de chantier » et autres formes de précarité.
En clair, il aurait été plus spectaculaire de « recycler » la veille enseigne. L’idée est exagérée, mais mérite d’être décortiquée.
Les français ont acheté des véhicules dont ils n’avaient pas vraiment besoin. Ils ont mis à la casse des véhicules qui avaient encore quelques printemps honorables devant eux. Cela s’appelle du « gaspillage ».
L’épargne de ces même français aurait pu irriguer les projets innovants de startups axées sur les moyens de locomotion de demain. Les installations auraient pu servir de lieu de production. Ces startups auraient trouvé sur le marché de l’emploi tous les talents et les savoirs nécessaires pour une montée en flèche, allégé d’un passé de plus d’un siècle. C’est ce que l’on appelle « le développement par l’innovation ».
Cette autre voie était plus difficile sur le moment, mais tellement plus intéressante sur le moyen terme !

Commentaires
Coïncidence : je réagissais de mon côté hier soir, en particulier à l'interview de Patrick Pelata dans Le Monde (où il apparaît comme ayant des idées précises sur la prospective économique sur son secteur). http://www.lemonde.fr/economie/arti...
Le même disait au Monde le 19 décembre dans une autre interview : " j'essaie de conserver ma capacité de n'accepter le monde tel qu'il est que pour mieux participer à sa transformation." http://www.lemonde.fr/actualite-med...