L’impossible bravo
Par Geneviève Bouché le Mardi 22 décembre 2009, 23:13 - actu - Lien permanent
En matière de vie des partis, revenons à des choses simples : des militants motivés qui travaillent et qui se cooptent

Hier, sale Lecanuet a applaudi Alain Dolium. Je n’y suis pas arrivée : le scrutin n’est pas correct.
Normalement, chaque électeur connaît les critères à remplir pour avoir le droit de voter et le nombre de votant et de votes exprimés. Les pourcentages ne veulent rien dire.
Par ailleurs, la rumeur persistante selon laquelle les votes négatifs seraient repérés nominativement a contribué à fausser le score.
Enfin le désarroi des militants devant cette consultation à choix unique et sorti d’on ne sait quel chapeau a favorisé l’idée que cette affaire ne concerne plus les militants.
Le bruissement des papiers cadeaux va recouvrir cet épisode désagréable et sans surprise. Passé les fêtes, nous aurons les idées plus claires, nous pourrons aborder les choses sérieuses : les véritables listes composées de véritables militants. Pour eux, nous travaillons sur un véritable programme.

Commentaires
En même temps, on peut comprendre que le nombre de votants ne soit pas publié sur le site internet. Car il faudrait aussi, dans ce cas, publier le nombre d'inscrits, ce qui peut d'avérer difficile (les listes électorales n'ont pas été vérifiées récemment) et c'est une info à usage interne qui ne regarde pas forcément les autres partis (je suis pour la transparence mais pour tout le monde dans ce cas).
Quoiqu'il en soit, il faudrait permettre à ceux qui ont voté de connaitre précisément l'ensemble des résultats qui les concernent. Il suffirait de leur envoyer un mail !
J'aime bien le lapsus en début de texte : "sale Lecanuet" pour "la salle Lecanuet".
Geneviève dans l'absolu et comme tu le mentionnes avec les précautions d'usage, il est évident que les soupçons d'identification en cas de vote "NON" ont joué, c'est évident.
Autre aspect que tu soulignes à juste titre, le mode de scrutin de type plébiscitaire "c'est cela ou rien" à conduit nombre de militants à approuver. Tu ne mentionnes pas non plus les opportunistes qui ont voté "OUI" après avoir affirmé leur opposition et espère ainsi une place sur les listes.
Ensuite, effectivement un scrutin sans indiquer la participation n'a pas de réelles valeurs. Certains te diront que la participation est toujours faible dans les partis politiques et que nombre de personnes adhèrent sans participer à la vie du parti. C'est vrai mais pas suffisant.
Le mode de scrutin a directement joué sur la participation. Le choix d'un vote électronique au lieu d'un vote papier a conduit nombre de militants à penser la "consultation" truquée d'avance.
Sans compter les militants qui ont décidé de voter avec leurs pieds en s'abstenant volontairement.
Enfin dernière chose importante, le soutien médiatique offert à Alain Dolium avec une présentation dans à peu près tous les médias existants. De l'autre côté, la campagne des partisans du "NON" n'a réellement commencé après publication de mon billet. Au final avec des moyens réduits, un débat a réussi à émerger, ce qui n'est pas plus mal. Peut-être même a-t-il réussi à faire augmenter un peu la participation !
A mesure que sont proclamés les (excellents) résultats du vote interne organisé par le MoDem pour l’investiture des têtes de listes proposées aux adhérents par une direction sage et paternelle, quelques esprits chagrins s’étonnent que les taux de participation ne soient pas indiqués.
De fait, le premier résultat annoncé officiellement, celui de la consultation organisée dans le Nord, faisait état d’une participation de 22, 87 %. Ce chiffre relativement faible servit aussitôt d’argument à ceux qui prétendaient démontrer le rejet de la consultation par les militants. Est-ce pour cette raison que ledit chiffre a disparu des résultats officiels ? Toujours est-il qu’aucun des résultats proclamés depuis ne fait apparaître le moindre taux de participation, pour la plus grande joie des tenants de la théorie du complot.
La vérité est pourtant toute simple : le taux de participation n’est pas indiqué pour la raison toute bête qu’il est incalculable.
Réfléchissons deux minutes. Un taux de participation, c’est le rapport arithmétique du nombre de gens qui ont voté au nombre de gens qui auraient pu voter. Pour le calculer, il faut connaître ces deux nombres. Or, personne au MoDem ne connaît vraiment le nombre de gens qui auraient pu voter.
Vous me direz : «Ben si. C’est le nombre de gens inscrits sur les fichiers.» Oh, mais ce serait bien trop simple ! D’abord, si vous ne renouvelez pas votre cotisation, vous restez quand même inscrit sur le fichier et considéré comme adhérent pendant deux ans. Il paraît que c’est dans les statuts. Et puis, il y a un certain nombre (pour ne pas dire : un nombre certain) d’adhérents qui ont claqué la porte avant l’organisation de cette consultation interne, mais qui sont toujours comptabilisés. Il y a donc un tas de cas de figures possibles :
- ceux qui n’auraient pas voté parce que de toutes façons ils sont partis depuis longtemps mais qui sont encore sur les fichiers ;
- ceux qui sont partis à cause de la façon dont la consultation est organisée et qui ne reviendront pas mais qui sont toujours sur les fichiers ;
- ceux qui ne sont pas partis mais qui n’auraient pas voté parce qu’ils désapprouvent la consultation ;
- ceux qui ne sont pas partis mais qui n’ont pas voté parce qu’ils sont d’accord avec tout et qu’ils ne voient pas l’intérêt de voter pour le dire (on m’affirme qu’il y en a, c’est la théorie défendue par «JF le démocrate») ;
- ceux qui sont inscrits sur les fichiers au titre d’un parti-frère mais qui n’ont pas reçu les éléments pour voter (simple cas d’école) ;
- ceux qui sont sur le fichier depuis très peu de temps parce qu’ils viennent d’arriver au MoDem et qui n’ont pas encore le droit de voter (il paraît que c’est le cas de certains candidats – non, allez, je blague) ;
- etc, etc.
Donc, vous voyez bien que, entre ceux qui n’ont pas voté pour montrer leur désaccord, ceux qui n’ont pas voté pour montrer leur accord, ceux qui n’ont pas voté parce qu’ils étaient partis avant, ceux qui n’ont pas voté parce qu’ils sont partis pendant, ceux qui n’ont pas voté parce qu’ils comptent partir après, ceux qui n’ont pas compris qu’il fallait voter, ceux qui n’ont pas reçus les éléments pour voter et tous les autres auxquels je n’ai pas pensé, les raisons du non-vote sont aussi multiples que mystérieuses.
Dans ces conditions, il était impensable de laisser se promener des chiffres que n’importe qui aurait pu utiliser n’importe comment pour tenter de démontrer n’importe quoi. La sagesse commandait le black-out. Notre direction est sage. Elle a opté pour le black-out.
Vous me direz : «Et pourquoi ne pas donner les chiffres bruts plutôt que les pourcentages ?» Innocents que vous êtes ! Ignorez-vous que le nombre réel de ses adhérents est un secret d’Etat dans chaque parti normal ? Voudriez-vous disperser à tous vents d’aussi précieuses informations ? Quoi ? Vous dites ? Les chiffres bruts des votes ne donnent le nombre d’adhérents que si on donne aussi le taux de participation ? Vous vous payez ma fiole ? Oh, mais vous êtes un raisonneur, vous ! J’m’en vais vous faire coller en CCC, moi, ça va pas traîner ! Bon, il y a une autre question ?
@ Christian :
Si l'on peut comprendre que les chiffres bruts de la consultation ne soient pas intégralement publiés pour les raisons que vous expliquez, on pourrait imaginer quand-même que les adhérents qui ont voté en soient informé par mail, ou bien qu'il puissent se connecter avec leur identifiant et leur mot de passe, non pas pour voter mais pour connaitre le résultat du "dépouillement".
À mon sens, c'est une condition nécessaire pour rendre le vote électronique acceptable. Le vote électronique doit être un "plus" dans l'organisation de notre démocratie interne. S'il apporte des restrictions supplémentaires par rapport à l'organisation matérielle d'un scrutin, alors il ne sera pas accepté, et à juste titre !
Merci pour ces explications qui ne font que renforcer l'idée que la démocratie moderne ne se bricole pas !
Un parti politique qui travaille, donne à ses militants l’occasion de s’exprimer et donc de se valoriser.
Naturellement, ses éléments les plus intéressants sont plébiscités par leurs collègues. Les votes locaux les font émerger et de proche en proche, ils accèdent aux mandatures qui leur convient.
Ils deviennent les représentants légitimes des idées et des énergies des militants … quoi de plus naturel et de plus motivant !
Les « parachutés » sont des greffons inquiétants. Inquiétants pour les électeurs et pour eux-mêmes. Ils terminent mal, en général !
Pas tout à fait d'accord, Geneviève. Les gens que nous souhaiterions le plus voir aux responsabilités sont des gens qui se consacrent déjà avec succès à d'autres responsabilités. Et qui ne peuvent consacrer à la politique le temps infini que demande le placement et l'entretien dans les réseaux partisans, les réseaux d'influence ...
C'est important qu'un appareil de parti soit capable d'aller chercher hors de ses murs, hors de ses réseaux internes, des personnes, des talents, des énergies complémentaires de celles et ceux qui sont déjà là à l'intérieur.
Encore faut-il que sur ces personnalités extérieures (ou adhérentes de dernière minute), le corps social qu'est le parti puisse se prononcer de façon démocratique. Il me semble que cette possibilité a bien été donnée.
cher frédéric LN, je ne partage pas du tout ton point de vue pour la raison suivante : faire de la politique nécessite une préparation. c'est un monde complexe qui nécessite un décodeur bien affuté.
pour se fabriquer un décodeur, il faut passer du temps à écouter et s'exercer à décoder, pour à se forger une doctrine évolutive puis apprendre à la défendre et à créer du consensus.
les parachutés ne sont possible que depuis que la politique, à défaut de travailler le fond, est tombée dans la réification : on propose des images aux électeurs et non des personnalités solides et capable d'autorité.
au regard de la gravité de la situation, cette façon de faire de la politique n'est plus possible. les électeurs n'en veulent plus d'ailleurs.
quand au scrutin, je te renvoi sur les blog de nos militants et de nos détracteurs : il a la saveur d'une mascarade. pas de campagne, choix unique, pression pour ne pas voter non, pas de règles précises ... ça aussi, les électeurs n'en veulent plus.