Constat : reconfiguration du tissu entrepreneuriat

En dehors du phénomène de délocalisation, les grandes entreprises, celles qui ont porté l’économie du 20ème siècle, réduisent leurs effectifs, dans un climat de décroissance apparente. En réalité, elles veulent produire autrement face à des consommateurs qui commencent à vouloir consommer autrement.

En particulier, elles se concentrent sur ce qu’elles estiment être leur cœur de métier, ce pourquoi elles estiment maîtriser au mieux leur prise de risque d’entrepreneur. Pour le reste, elles nouent des partenariats. En agissant ainsi, elles entrent dans l’économie en réseau, changeant ainsi la logique économique et sociale de notre région.

Par ailleurs, l’innovation, qui a fait la force de nos entreprises au siècle dernier, change de forme. Elle n’est plus uniquement technologique, issue de travaux de recherche. Elle devient composite et continue. Elle germe dans des croisements improbables de savoirs, d’idées et d’enthousiasmes.

Les savoirs, les idées et les capitaux sont les ingrédients vitaux pour assurer le renouvellement d’une économie locale. A l’ère de l’Internet, ces ingrédients sont en apparence volatils. Ils nécessitent un environnement attractif et réactif.  

Cette nouvelle réalité place toutes les régions en compétition.

L’Ile de France, avec sa prédominance de cadre, son quasi monopôle d’investisseurs et l’image lumineuse de la capitale, se doit d’être une locomotive au niveau national.   

Nécessité de repenser les modalités de l’activation économique

La mutation à laquelle nous assistons est comparable à celle de l’instauration de l’ère industrielle au début du siècle dernier. Elle amène à repenser les modalités de l’activation économique.

Cette nouvelle organisation de l’économie réclame des PME robustes. Il faut une trentaine d’année pour en fabriquer une. Une PME se construit à partir d’un projet sain, à qui il a été donné de réelles chances d’épanouissement, et par agrégation successive d’autres projets.

Ainsi, créer des entreprises devient une priorité, en cette période de mutation. Ceci constitue une urgence pour le court terme, attendue par les électeurs.

La création d’entreprise actuelle est mal orientée

Actuellement, le nombre de créations d’entreprises s’effectue de manière à couvrir la morbidité, mais à y voir de plus près, la situation est alarmante, de l’avis même d’Hervé Novelli.

Figure 1 - Lettre semestrielle de la création d’entreprises en Ile-de-France - n°11 - novembre 2009

Les entreprises crées, en Ile de France sont essentiellement des entreprises individuelles (voir schéma ci-contre).

Or, en matière d’économie, l’union fait la force. Cette forme d’activité économique atomisée ne peut pas répondre à l’urgence de la situation.

Et pourtant, les initiatives de la région ne manquent pas pour encourager la création d’entreprises juridiquement plus stables : pépinières, aides ciblées, institut du mentorat, prix d’encouragement, conférences … etc. Ces mesures visent à cultiver l’esprit d’entreprise.

Or, celui-ci ne fait pas défaut, quoi qu’en dise la légende. Les capitaux risqueurs constatent chaque année une augmentation du nombre de projets qui leur sont soumis.

Notre proposition

L’économie vers laquelle nous nous acheminons favorise l’initiative collective. En dépit d’une crainte héritée d’un passé malheureux, elle nécessite d’être structurée, faute de quoi, l’entrepreneuriat de développe comme les herbes folles dans un jardin en jachère.

Les politiques volontaristes pratiquées par certaines régions comme par exemple le Nord Pas de Calais ou la région Paca constituent des exemples prometteurs. L’Ile de France doit réaffirmer ses facteurs d’attractivité et miser également sur les besoins de partenariat de ses « locomotives ».

 

Le véritable progrès consiste à s’occuper de la morbidité de nos entreprises. Les causes sont connues : difficulté de lever des fonds, aggravé par l’impossibilité de décrocher les premiers clients. Pour apporter une réponse à ce problème rédhibitoire, la région doit innover en abordant la création d’entreprise sous un angle nouveau : la « débutance ».

http://www.genevieve-b.fr/post/2009/12/les-programmes-de-d%C3%A9butance%2C-usine-%C3%A0-startups-fiables

 

Cette nouvelle approche de l’activation économique consiste à favoriser simultanément :

·         l’innovation collaborative grâce à des lieux de rencontre, spécialisés selon une stratégie industrielle et économique voulue. Dans ces lieux, les savoirs, les idées et les talents se frottent jusqu’à en faire émerger des créations probables. Ceci est une réponse à l’isolement actuel des savoirs et des talents portés par les entrepreneurs potentiels,

·         l’orientation des projets pour qu’ils puissent partir rapidement à la rencontre de marchés insatisfaits ou en émergence,

·         la composition d’ « équipes projets » optimisées, fortement motivées et correctement outillées,

·         l’accompagnement, inspiré des succès du micro-crédit et des campus (pour ce qui concerne l’accès à la recherche). Le but est de protéger le développement de la jeune pousse naissante et soutenir son approche vers ses premiers clients à qui il est apporté des garanties en matière de prise de risque,

·         la mutualisation de la prise de risque des investisseurs en plaçant chaque projet dans une perspective économique crédible et en assurant le recyclage des savoirs et des talents accumulés dans les projets malheureux.

Le but est de ne créer que des entreprises qui ont de réelles chances de succès et qui ont déjà démontré leur capacité à engager du chiffre d’affaire. Ces entreprises s’enracinent dans le tissu économique et contribuent au rayonnement de la région. Elles enrichissent le patrimoine local et donnent de la vigueur au mouvement de formation des PME.

En procédant ainsi, la région allége le mouvement brownien de la création d’entreprise, constituant une économie d’échelle (plus de 50% d’entreprises crées en moins).

Elle apporte une réponse originale au délicat problème de l’emploi trans-générationnel (il n’est pas raisonnable d’avoir 10% de jeunes et 10% de seniors hors circuit alors que le désir de travailler est vif).

Cette approche, issue d’une réflexion avancée sur les résultats constatés par différentes mesure en matière d’activation économique (pôles de compétitivité, campus, « small business act », micro crédit, barcamps …etc.) présente surtout l’intérêt de fiabiliser les prises de risques économique et sociaux.