Comment aller enfin vers la diversité politique.

 

 

Le passage du 20ème au 21ème siècle se solde par un match nul entre le modèle de gouvernance trop étatisé de l’Est et celui trop privatisé de l’Ouest. Toutefois, en terme de longévité, il y a un léger avantage au modèle trop privatisé.

En raison de son fonctionnement inhumain, le modèle trop étatisé a fait la part belle aux apparatchiks omnipotents et a rendu son peuple fataliste, englué dans une économie approximative. Le second, en raison de son côté hyperconcurrentiel a fait la part belle aux adorateurs du veau d’or et a rendu son peuple suractif et quelque peu lobotomisé.

Un nouveau modèle de gouvernance est donc à mettre au point. Nous ne savons grand-chose de lui. Nous savons simplement qu’il va s’inscrire dans la continuité de ces expériences récentes, devenues nos références.

Les grands courants de privatisation des « infrastructures » (Vivendi, TF1, les autoroutes, certaines banques, ou encore France Télécom) se sont fait à l’insu du peuple. Toutes fois, pour rassurer les électeurs, les repreneurs du bien public se sont engagés à respecter un cahier des charges qui vise essentiellement à protéger « l’usager », devenu à l’occasion « client », afin que le service soit rendu suffisamment correctement pour ne pas susciter l’insatisfaction dans le public.

Manifestement, il manquait des chapitres à ces cahiers des charges. On le sait aujourd’hui, il fallait aller plus loin sur le registre de l’économie responsable.

Cependant, le plus précis des cahiers des charges n’est rien si sa mise en application est contrôlée de façon opaque. Or la société vers laquelle nous nous acheminons exige de la transparence. Parce que le différentiel de niveau d’éducation se réduit entre les décideurs et les administrés, notre nouvelle civilisation veut que les décideurs qui rendent des comptes aux élus et des élus rendent des comptes aux électeurs.

L’électeur ne veut plus signer le moindre blanc seing à qui que se soit. Or la gouvernance par cahier des charges semble une pratique qui a de l’avenir. Il tend à se généraliser depuis que nous prenons conscience qu’un certain nombre de biens communs à tous les hommes de la planète se révèlent nécessiter une gestion équitable et communautaire (l’air, l’eau, certain minerais …). Que la gestion en soit confiée à une ONG, une entreprise privée ou un pays démocratiquement désigné, il est nécessaire de confier le travail à quelqu’un et il est nécessaire que ce quelqu’un rende des comptes.

Dans cette forme de démocratie exigeante, l’électeur veut choisir son élu. C’est pourquoi l’intolérance exprimée par les militants vis-à-vis des candidats parachutés et des listes électorales bricolées par quelques happy few n’est pas prête de se dissiper. Bien au contraire. Les militants ont raison.

Maurice Merchier est venu à l’université de rentrée expliquer comment notre démocratie fantoche, avec son systèmes d’alternance, est la cause de notre fuite en avant dans le déficit : à chacun son tour d’engager des dépenses qui seront payées par le suivant. Terrifiant !

C’est pourquoi les partis doivent désormais proposer des cahiers des charges à leurs électeurs. Autre fois, cela s’appelait un programme, mais les programmes ne sont pas respectés. Il n’est plus possible de les proposer sans susciter la suspicion.

Un cahier des charges, c’est une promesse de résultat assortie d’une demande de moyens et des conditions de réalisation. A partir du moment où l’électeur a pris connaissance des conditions de réalisation, il accepte que le progrès passe par des sacrifices. Dans une telle démarche, il n’y a plus lieu de faire les choses en douce derrière son dos. L’électeur est explicitement responsabilisé dans ses choix. Il se sent grandi et il accepte de participer au débat. C’est à ce prix que notre civilisation donne accès à la maturité à laquelle aspirent les hommes de notre époque.

Les actions engagées sont généralement plus longues que les mandats. Il est donc nécessaire de préciser dans quel état le candidat et son équipe s’obligent à laisser le projet en fin de mandat. C’est notamment ainsi que nous pourrons amorcer une parade sérieuse vis-à-vis du déficit (et tous ses sujets connexes).

Rédiger un cahier des charges est un travail sérieux. Dans les entreprises, il est souvent confié à des consultants chevronnés qui s’appuient sur des études de faisabilité tout aussi sérieuses.

Ainsi, dans l’optique d’une échéance électorale, il faut fournir un travail impliquant. Il est normal que les contributeurs entendent en tirer un retour personnel. Tout naturellement, une place élective devient le juste salaire du travail fourni. A partir de ce moment là, la liste des candidats n’est plus un assortiments de pots de fleurs et de faire-valoir, mais des contributeurs, engagés, intégrés dans une équipe qui a démontré sa capacité à co-produire un cahier des charges crédible. Chacun y joue un rôle précis. Le leader s’impose par son charisme.

Nos institutions permettent la diversité géographique, mais pas la diversité culturelle, ce qui est la cause de bien des bévues au sein du parlement. Avec l’introduction de cette notion de cahier des charges, de par la diversité d’expérience et de compétences requise pour la préparation d’une élection, les listes présentées gagneront de façon significative en représentativité de la population.

Les propositions construites dans ce type d’organisation seront peut-être plus robustes, elles seront surtout mieux comprises par les militants et donc mieux développées auprès des électeurs.