Qui a besoin de monnaie ?
La monnaie aujourd’hui
La monnaie a été crée pour simplifier les problèmes de troc entre les concitoyens. Elle n’a pas pour autant réglé les problèmes d’appréciation des biens et des services les uns par rapport aux autres.
Plus il y a d’activité économique, plus la masse monétaire se développe.
Néanmoins, la monnaie est liée à une notion de confiance : elle doit être inimitable et sa valeur relative doit être définie par des institutions reconnues. C’est pourquoi elle est portée par l’état qui veille par ailleurs à ce que chacun contribue aux besoins communs à travers l’impôt : le budget de l’état est synchronisé avec l’évolution de la création de richesse du pays.
Avec la « dématérialisation », l’essentiel des échanges se font sans utiliser une représentation matérielle ce cette monnaie (dite scripturale). La masse monétaire, qui dépend du volume d’échanges effectués avec la monnaie, et la monnaie scripturale en circulation sont deux notions distinctes.
A l’intérieur d’un état (ou groupe d’état), l’appréciation de la monnaie fait l’objet d’une surveillance constante pour éviter les dérapages inflationnistes ou déflationnistes.
Dans les relations commerciales internationales, les états développent des stratégies qui font de leur monnaie un instrument de guerre économique (conquête de marchés, de faveurs pour obtenir des concessions d’exploitation de terres, lute d’influence … etc.).
Les banques ont en charge de faire « tourner » l’argent, c'est-à-dire faire en sorte que le citoyen qui en a trop le prête à celui qui en a besoin. En mutualisant ces excès et ces carences, le système bancaire permet de financer la préparation du court, moyen et long terme. L’épargne forcée (l’assurance) permet de financer les accidents notoires et les effets imprévus du passé (les remises en état).

Ce schéma grossier représente ce que perçoit un citoyen qui a choisi d’être un agent économique en tant que travailleur dans une entreprise ou parce qu’il produit lui-même des biens et des services qu’il vend à son entourage (micro-agent).
Depuis que les crises s’enchaînent, le citoyen ressent que la partie située à droite du trait vert est source de tracas : le système apparaît opaque. Ce système financier ne lui rend pas les services qu’il attend : une gestion paisible de l’épargne et la possibilité d’emprunter pour financer des projets innovants ou plus simplement fonctionnels (se loger, s’équiper).
L’économie prospère lorsque les relations B2B[1] et B2C[2] tournent « bien », c'est-à-dire lorsque les hommes échangent entre eux, en toute confiance. Par ces échanges, ils se donnent l’occasion de progresser. Grâce à ces progrès, il est possible de vendre plus cher les biens et les services améliorés. La masse des échanges croît et tout le monde s’en réjouit.
Mais le système peut dérailler : nous voyons actuellement
les limites de
La surconsommation résulte de la tentation de faire tourner l’économie plus vite que nécessaire en incitant les consommateurs à acheter au-delà de leurs besoins.
Par exemple, depuis de nombreuses années, 50 % de la nourriture produite aux USA n’est pas consommée. Cette dérive finit par créer des tensions de différentes natures sur la santé de la population, la stabilité sociale ou encore les marchés de matière première et même l’équilibre de la vie sur terre !
Le système déraille aussi avec la fabrication de faux profits et des détournements qui font que l’argent n’arrive plus sainement là où il doit : dans l’innovation ni dans l’investissement tant productif que public.
L’inspiration des monnaies alternatives
Le courrant de pensée autour des bi-monnaies correspond à un désir de faire tourner la partie non financiarisée (à gauche du trait vert sur le schéma ci-dessus) dans un monde correct où chacun paie ses dettes et où les prix et les salaires sont correctement régulés[3].
Devant le nombre sans cesse croissant d’expérimentations qui se mettent en place, il n’est plus possible de considérer cette approche avec condescendance.
Ces expérimentations, de plus en plus à grande échelle, se mettent en place dans des contextes précis : mobilisation d’un segment de population résolue à prendre son sort en main, nécessité de raviver la vie socioéconomique d’une zone sinistrée, devenue gênante pour le reste de la communauté … etc.
Cette approche a une saveur baba cool qui justifie le scepticisme qu’elle suscite, tout en éveillant une curiosité grandissante, car elle apparaît comme une voie de sortie possible de l’imbroglio dans laquelle se trouvent les pays de l’OCDE.
Effectivement, cette approche ne résout pas les problèmes de fond. Néanmoins, elle amène à cerner les questions essentielles.
Un système aussi compliqué que le cosmos
Les mécanismes financiers ont été inventés par les hommes et
sont pratiqués par les hommes. L’économie est l’expression chiffrée de
Le schéma ci-dessus représente de façon grossière ce qu’il se passe dans une petite entreprise ou chez un particulier qui produit quelques biens et services : il a des entrées et des sorties d’argent. La réalité est plus complexe car l’entrepreneur accumule de la richesse (des équipements, du stock, des clients, des partenaires, de la notoriété, ou encore des savoir-faire …), tantôt il fait de bonnes affaires, tantôt il veut investir pour progresser, tantôt il rencontre des incidents … chez lui, mais aussi autour de lui : tout bouge sans cesse. Il influe sur son environnement et réciproquement.
Toute tentative de modélisation de l’économie peut sembler un pêcher d’orgueil ou une tentative d’escroquerie. Et pourtant, il nous faut des principes et des organismes pour les faire appliquer et les faire évoluer.
De toute évidence, les règles et les organismes actuels sont arrivés au bout de leur progression. Ils doivent être repensés.
Pour ce qui concerne l’OCDE, le système en vigueur a été conçu, après la dernière guerre mondiale, de manière à donner à l’ère industrielle sa pleine mesure. Ceci s’est fait dans un contexte où la « globalisation » n’existait pas sous sa forme actuelle, l’économie de l’immatériel n’était pas perceptible … et les dangers des guerres économiques restaient à découvrir.
Le système a évolué au grès des personnalités de ceux qui ont été placées aux manettes. Les défauts ne manquent pas. Par exemple, seul ce qui est quantifiable est pris en considération ou encore le plus fort fait payer les plus faibles. On y trouve même des traces de l’économie antérieure : les banques prêtent au regard d’actifs saisissables, ce qui pose des problèmes carrément bloquant pour développer une économie dans laquelle l’immatériel prend une place prépondérante.
Un désir de contournement
Les crises financières s’accélèrent. Les explications et les témoignages qui parviennent au public expriment l’idée que le système est devenu fou, mais qu’il est très difficile de s’en passer et que la remise en place des verrous et des « tabous » ne semble pas réaliste. Bref, un message de désespoir !
Dans les films de science fiction, les robots humanoïdes deviennent tôt ou tard fous. L’homme cherche une solution pour se passer de ces terreurs et ensuite pour les éradiquer.
Quoi de plus normal que de se comporter ainsi vis-à-vis de cette finance devenue folle et dangereuse.
Les monnaies alternatives deviennent la voie naturelle. On se prend à rêver à propos de tous les problèmes qu’elles vont résoudre !
Les travaux les plus sensés sont centrés sur l’activation économique. Il s’agit de faire en sorte que le circuit financier reprenne ses fonctions et qu’il soit contrôlé à l’échelle d’une communauté de taille humaine.
En réalité, ce n’est pas seulement le circuit financier qui doit se reconfigurer à taille humaine, mais le système socioéconomique tout entier.
La vie appartient aux organismes adaptables. Les grandes multinationales ne sont pas adaptables. Les états clairvoyants commencent à se rendre compte qu’une approche 2.0 est plus efficace. Par 2.0, il faut entendre des entreprises en réseau, centrée chacune sur un savoir faire précis et évolutif. En clair, elles passent des partenariats multiples pour assurer leur développement commercial, productif et prospectif.
La structure en réseau est une structure plus stable et plus sécurisée que les structures en étoile. Dans la nature, nous constatons une chaîne écologique plutôt qu’une hiérarchie. Ce constat, appliqué à la distribution de l’électricité puis aux télécoms a bouleversé ces industries.
Dans cette configuration, pour l’état, perdre une entreprise n’est plus un drame, car le savoir demeure chez les partenaires, ainsi que la capacité de produire et d’innover.
Pour l’entreprise elle-même, cette façon de s’insérer dans le système socioéconomique fiabilise sa durée de vie. En effet, en se développant via des partenariats, elle se concentre sur ses forces d’excellence. En délégant à plus compétent certaines tâches, elle se donne la possibilité de diversifier ses partenaires au grès de ses besoins. Elle est donc continuellement adaptable et donc plus robuste.
Cette organisation socioéconomique est naturellement plus juste car la pyramide économique est aussi plate que possible, ce qui élimine les avantages ostensiblement octroyés aux plus fort.
La finance n’est pas très attiré par ce modèle socioéconomique qui multiplie les acteurs et divise le potentiel économique de chacun d’eux. Elle préfère de grands acteurs, prédateurs par nature … au dépend de la diversité, c'est-à-dire de la vie en mouvement !
La question n’est donc pas de savoir s’il est possible
accepter les solutions imposées par
Le besoin de dualité monétaire
Des états attractifs pour attirer les talents
Les produits et services que nous consommons contiennent de plus en plus de valeur ajoutée immatérielle. Le prix d’un hamburger contient un peu de produits agricoles et de main d’œuvre locale, mais aussi beaucoup de recherche, de marketing, de formation, de communication, de logistique … sans oublier les prestations financières.
La part d’immatériel, c'est-à-dire celle qui apporte la plus haute valeur ajoutée des biens et services, est délocalisable : les talents et les savoirs voyagent à la vitesse des avions, la finance à la vitesse de la lumière !
Les états sont tentés de fixer sur leur territoire les activités les mieux rémunérées. Ceci n’est possible que s’ils se montrent attractif, c'est-à-dire qu’ils proposent une gouvernance efficace, des infrastructures performantes et surtout un terreau social de haute qualité.
Le terreau social, véritable richesse d’un pays
En effet, le talent ne se révèle que sur la base d’un savoir existant. En se révélant, il va, à son tour, enrichir ce savoir et ouvrir de nouvelles voies à des innovations.
Le savoir est une denrée précieuse qui se transmet de génération en génération, dans un cycle de vie collective aujourd’hui endommagé par notre système social et financier[4]. Certes, les outils se simplifient, mais l’apprentissage du monde du travail est de plus en plus long car il est de plus en plus complexe.
Il est faux de croire que la phase de transmission est devenue inutile. Lorsque cette transmission est rompue, la collectivité perd une partie essentielle de son potentiel créatif.
Ainsi, les états doivent protéger le patrimoine de savoir. Or, cette forme de patrimoine ne se stock pas dans les bibliothèques. Elle se stock dans le réseau social réel. Combien de SDF, de chômeurs ou de retraités sont porteurs d’une part de cette richesse et néanmoins éloignés des lieux de transmission ?
Le modèle actuel de société isole ceux qui sont hors du circuit productif et accapare ceux qui sont dedans. Cela assèche notre terreau, ce qui n’est pas acceptable !
Mais ce n’est pas tout : actuellement, la richesse des savoirs et des idées, tant qu’elle n’a pas trouvé un espace économique où fructifier, n’est pas valorisée : le système ne valorise que ce qui entre dans l’espace marchand, c'est-à-dire des biens et des services arrivés à une maturité suffisante pour être distribuable.
Nous assistons donc à un phénomène nouveau, particulièrement en France : les amortisseurs sociaux permettent à une frange, écartée de la société, de s’organiser pour maintenir le lien social nécessaire au maintient d’une certaine forme de terreau socioéconomique. Ceci se fait à travers le système associatif. Malheureusement, mal doté, ce système fonctionne avec des « trombones et des élastiques » … il est loin d’être efficient et décourage les bonnes volontés.
L’associatif, troisième composante du vivre ensemble
Les entreprises sont fondamentalement faites pour produire du profit en exploitant des concepts éprouvés sur des marchés identifiés. Les fonctionnaires sont fondamentalement organisés pour faire tourner la « maison France » (pour la France) tel que le peuple, supposé souverain, l’a décidé par l’intermédiaire de ses élus.
La période critique que nous traversons met au jour l’importance d’une autre forme d’activité, ni marchande, ni régalienne. Une activité dédiée au maintient de la qualité du terreau socioéconomique, c’est celui que nous nommons actuellement l’associatif.
Lors de la crise du début de la décennie 90, les américains ont développé leur système associatif pour permettre de couvrir des besoins compassionnels de la population sans pour autant grever les budgets financés par l’impôt.
Cette façon de faire a vite montré ses avantages : les personnes engagées dans ce type d’activité sont fortement motivées et souvent compétentes (elles ont souvent souffert des causes qu’elles soutiennent). La collectivité leur accorde des moyens de fonctionnement, ce qui permet aux élus de rappeler qu’ils s’intéressent aux causes ainsi défendues. Comme les porteurs de la cause sont motivés, ils font normalement un usage optimisé des moyens qui leur sont accordés.
Ces budgets sont renégociés chaque année, ainsi que les objectifs. Cette façon de faire constitue une sorte de système de pouvoir dual entre les associations et les élus.
Ces associations fonctionnent avec une part de salariés et une part de bénévoles. Leurs prestations sont elles-mêmes pour une part gratuite et pour une part payante. Le système est donc totalement adossé à l’économie. Il permet de faire mieux avec moins, ce qui intéressant.
Cependant, les effets des causes sont moins corrigés au motif qu’il y a des associations pour s’en occuper. D’autre part, les personnes qui donnent de leur temps, de leur savoir et de leur compétence ne méritent pas un traitement au rabais dès lors que leur action est reconnue utile pour la communauté.
Il n’en reste pas moins vrai que ce système a été mis en place au moment où les dérives financières ont commencé à assécher les finances publiques. Ne sachant traiter ce problème, les autorités ont considéré que le recours à l’associatif constituait un moindre mal.
Le nombre de causes à défendre ne fait que prospérer. Il devient donc nécessaire de trouver une place au système associatif et d’en définir ses contours.
Une place reconnue pour le système associatif
Pourquoi la créer
Les projets de monnaies alternatives surgissent lorsque le système en place présente des inconvénients difficiles à résoudre pour ceux qui sont déterminés à agir.
Ils sont conçus pour corriger des excès, mais ils butent sur un problème de mise en synchronisation avec le système officiel.
L’idéal est donc qu’ils soient montés en collaboration avec les autorités officielle, ce qui suppose qu’elles reconnaissent les insuffisances de leur système et les difficultés à les résoudre … il n’y a pas de honte à reconnaître ses difficultés.
Actuellement, l’excès à combattre en Europe et en France particulièrement, est la lutte contre la destruction du terreau socioéconomique. Cette lute ne peut être financée par le système (marchand et régalien) en place qui peine déjà à couvrir ses besoins essentiels de fonctionnement et de renouvellement.
Or, les difficultés rencontrées entraînent des plan d’austérités qui eux-mêmes ralentissent l’activité économique et donc la masse monétaire en circulation. Il faut donc agir.
Alors pourquoi ne pas faire évoluer le système associatif ? Si nous nous fixons comme but de restaurer notre terreau socioéconomique sans en avoir les moyens via le système monétaire officiel, lequel système laisse les talents et les savoirs concernés en jachère putritionnelles[5] … pourquoi ne pas le faire via des monnaies alternatives synchronisées avec le système officiel.
Cela semble possible en faisant intervenir d’une part par les acteurs de la vie économique et d’autre part par les acteurs de la vie locale. Il s’agit de mettre en place un système fortement incitatif au retour à l’action, via l’engagement individuel et collectif.
Les chinois sont collectivement riches parce qu’ils travaillent énormément, poussés par un régime assez coercitif qui leur promet un monde meilleur … ce qui n’est pas sans rappeler l’ambiance des 30 glorieuses, qui, elles, bénéficiait en plus de la joie de vivre après les années de peur et de privation de la guerre.
Aujourd’hui, nos héros sont fatigués, nos élus sont cooptés sur des critères indépendants de la réalité, les consommateurs sont devenus méfiants et les salariés se sentent plus exploités que jamais. Impulser un projet motivant devient une priorité. Seul un projet de société plus respectueux des mouvements de la vie peut aller à la rencontre de l’enthousiasme des citoyens.
Comment le mettre en place
Pour ce qui concerne la problématique de la restauration et du développement de notre terreau socioéconomique, il s’agit d’encourager les personnes exclues du système productif et régalien à rejoindre le système associatif dédié à cette mission.
Cette population est très large : chômeurs, jeunes retraités, travailleurs en transite, porteurs de projets innovants … etc. De par le fait qu’elle se sent en danger, elle mesure parfaitement la nécessité de se prendre en charge.
Cette population est plus ou moins bien prise en charge par les amortisseurs sociaux. Il s’agit de la motivée en lui permettant de bonifier les prestations dont elle bénéficie en s’investissant dans le système associatif orienté vers le développement du terreau socioéconomique. En s’engageant, elle améliore sa possibilité de renouer avec la vie des « non exclus » !
Le complément de rémunération accordée à ceux qui s’engage est assuré avec une monnaie complémentaire aux caractéristiques ciblée sur l’effet recherché : elle est fondante[6] et dédiée[7].
Par exemple, elle permet de consommer des prestations sociales et culturelles produite à un coût marginal avec deniers publics, elle permet de recevoir des formations complémentaires ou de l’assistance, assurées par des « bénévoles » eux-mêmes engagés dans le système … etc.
Ceux qui s’engagent dans des projets liés à l’innovation reçoivent en plus des parts de capitaux. Ce sont particulièrement ceux qui interviennent dans des débutances (http://www.genevieve-b.fr/post/2009/12/les-programmes-de-d%C3%A9butance%2C-usine-%C3%A0-startups-fiables ).
En procédant ainsi, la conversion en monnaie officielle devient sans objet pour ce qui concerne les prestations sociales. Pour ce qui concerne les projets d’innovation via des débutances, la création de richesse devient monnayable une fois que le projet entre dans le système marchand.
Un tel système n’est possible que par la volonté des collectivités locales (communes, groupement de communes ou régions) et parce que ce système économique arrive en complément des prestations sociales versées de toutes façon.
En procédant ainsi, les services publics et les entreprises deviennent plus efficients et les fractures sociales se réduisent. L’économie, dont on connais la synchronisation avec le moral des citoyens, prend un nouvel élan, poussé par le désir de contribuer à l’idée que chacun se faite du 21ème siècle en occident. Un siècle peut être plus ouvert à la spiritualité[8], certainement créatif et tournant le dos au consumérisme et aux valeurs sans fondement.
Modalités pratiques
Pour mettre en place une monnaie alternative, il faut un système de paiement. La technologie offre toute sorte de solutions fiables. L’Open Source propose désormais des bases sur lesquelles bâtir la monnaie qui sied au projet de la collectivité qui décide de l’instaurer.
A partir du moment où un projet est porté en collaboration avec des autorités locales, les réglages fiscaux deviennent une négociation. Cette négociation doit intégrer le côté incitatif recherché. L’action dédiée aux associations concernées vise à dynamiser indirectement le tissu socioéconomique. Dans l’état actuel des choses, elles ne font rien ou si peu. Elles ne sont pas taxables. Elles ne peuvent devenir taxables qu’à partir du moment où elles ont réellement dépassé le stade empirique dépendant du bon vouloir des uns et des autres. Il se peut que les négociations aboutissent au constat que les taxes demeurent l’exclusivité du secteur marchand (B2B et B2C, ainsi que les « salaires » au sens classique du terme).
Chaque institution locale doit définir le champs d’intervention possible de ses associations et la valeur des unités de monnaie tant dans les échanges que dans les conversions en prestations socioéconomique locale.
Pour ce qui est des champs d’interventions, elles sont naturellement définies par les priorités. Une zone agricole, une zone périurbaine ou une zone en centre ville n’ont pas les mêmes besoins, même s’il s’agit à chaque fois de compléter les actions des institutions et d’amorcer des activités innovantes.
La parité est elle-même fonction des projets d’une part et des prestations proposées en échange d’autre part. il convient également de préciser les modalités de stockage : par exemple une certaine part peut donner lieu à des crédits de prestations utilisables au 4ème âge. Pour le reste, la monnaie gagne à être fondante pour éviter la thésaurisation qui empêche d’obtenir l’effet recherché : une économie qui tourne !
Forces et limites de cette proposition
Cette proposition présente l’avantage de d’empêcher l’attrition de savoirs et des talents au sein de la population mise à l’écart du fait de la réduction de l’activité du secteur marchand traditionnel.
Contrairement à des mesures qui seraient imposées par une loi nationale ou européenne, les monnaies complémentaires et leurs effets bénéfiques ne dépendent que de la volonté des citoyens. Ceci est nouveau et à l’image des challenges qui nous attendent.
La déglobalisation nous oblige à ressortir partiellement du système où toutes les décisions nous concernant sont prises loin de nous par des individus que nous pouvons critiquer à volonté, puisque nous ne les avons jamais vus et réciproquement.
Cette proposition d’utiliser des monnaies complémentaires pour inciter une frange de la population à se consacrer un temps à l’entretien du terreau socioéconomique n’est pas un remake des actions compassionnelles menées jadis par les églises : il ne s’agit plus de déclarer la misère sociale et économique comme une fatalité.
L’univers associatif proposé ici est dédié à des missions qui trouvent indirectement leur place dans le secteur marchand et dans innovations. Il ne se substitue pas aux insuffisances des missions dévolues aux fonctionnaires. Il se centre sur les missions liées au développement du terreau social dont nous avons compris l’importance à l’issue des guerres économiques que nous avons subies et contre lesquelles nous devons désormais nous prémunir.
Cette proposition ne résout pas les problèmes de la surfinanciarisation, du moins dans le court et moyen terme. Elle permet d’en réduire les effets et de préparer la reprise d’une vie sereine. Les véritables solutions sont à trouver au niveau de l’Europe, mais il s’agit là d’un autre débat.
La synchronisation dans la zone €
En imaginant que de tels projets locaux se développent de façon significative en France, l’Europe pourrait s’étonner de cette manière sournoise de fabriquer de la monnaie.
Durant les années 60, les immeubles ont été construits avec le chauffage collectif. Ceci a permis de mettre fin à la zizanie entre les occupants : le gros malins se faisant chauffer par les voisins du dessus, du dessous et sur les côtés. Les copropriétaires ont rapidement pris conscience que cette innovation alourdissait la facture de chauffage : ceux qui avaient trop chaud ouvraient la fenêtre, gaspillant ainsi les calories.
C’est alors qu’est apparu le chauffage mixte : 18° garantis par le chauffage collectif, le chauffage d’appoint étant à la charge de chacun.
La monnaie que nous envisageons est en réalité une monnaie vestale : elle protége l’intérieur de la maison en régulant une vie socioéconomique minimum en de ça de quoi le terreau social est endommagé. L’€ au contraire est destiné à devenir une monnaie guerrière, capable de développer le marché intérieur sur lequel s’enracine la pérennité de nos entreprises et sur le marché extérieur qui nous permet d’assurer nos approvisionnement en matière et en savoirs que nous ne possédons pas.
Actuellement, non seulement l’€ joue ces deux rôles, mais chaque pays de la zone gère la création et la destruction de valeur à sa convenance. L’harmonisation d’un certain nombre de critères devient nécessaire. Cependant, cette harmonisation ne doit pas franchir les limites qui entraveraient la personnalité de chaque état de l’union. Ceci fait apparaître la nécessité d’un système dual un peu comme le système de chauffage des immeubles collectifs.
Tôt ou tard nous allons apprendre à faire fonctionner des systèmes complexes. C’est indirectement le cas avec le $ et le Yuan qui sont l’un et l’autre géré de façon différenciée à l’international et sur le marché intérieur.
La concurrence entre les nations se poursuit. Même si elle aboutit à des égarements dramatiques, cette émulation est nécessaire et inéluctable.
Les états doivent donc développer des stratégies différentes en interne et en externe. Ils doivent disposer d’outils différenciés. C’est dans cet logique que se développe l’idée d’une monnaie guerrière et d’une monnaie vestale.
[1] Business to business, c'est-à-dire le commerce entre les entreprises.
[2] Business to clients, c'est-à-dire le commerce entre les entreprises et les particuliers.
[3] Un juste équilibre entre la demande et le coût réel de production.
[4] Un être humain observe, apprend, pratique puis transmet. Notre système de retraite néglige cette phase de transmission. En incitant les entreprises à se concentrer sur les collaborateurs les plus productifs, le système financier amplifie ce problème.
[5]
Les personnes mises à l’écart du système socioéconomique se détériorent plus
rapidement que celles qui sont parvenues, par un moyen ou par un autre à rester
« actif ». En se détériorant, leur existence se réduit à des
fonctions d’agent consommateur sans contrepartie productive, ce qui n’est bon
ni pour l’intéressé, ni pour
[6] Une monnaie fondante est une monnaie qui se déprécie au fil du temps. Elle incite ses détenteurs à l’utiliser et donc à faire « tourner » l’économie.
[7] Une monnaie dédiée ne peut être utilisée que pour ce pourquoi elle a été faite. Par exemple, les tickets de rationnement servaient les uns au pain, les autres aux chaussures … etc.
[8] Comme nous l’a annoncé André Malraux …
