1. De l’économie de pénurie à l’économie de l’offre
La dernière réorganisation significative de l’économie en Europe a été menée au lendemain de la dernière guerre mondiale. Nous étions pleinement dans une économie de pénurie[1] et encore marqués par la nécessité de répartir autrement les richesse et les privilèges entre « l’élite » et le peuple.
Peu à peu nous sommes passés à une économie de l’offre[2] ce qui nécessite une évolution profonde de notre gouvernance … à conditions que les besoins soient clairement exprimés, ce qui n’est pas le cas à ce jour en Europe : depuis 30 ans nous nous accommodons de nos incongruités croissantes.
Il n’est pas possible de vendre un bien ou un service sur un marché saturé. En revanche, une offre très distinctive, même vendue à un prix élevé, fini par trouver son marché.
Actuellement, les consommateurs européens ne
veulent plus produire les biens de consommation courante au prix imposé par le
marché mondialisé. En parallèle, ils veulent consommer autrement : des
produits et des services parfois plus simples parfois plus élaborés, mais dans
tous les cas qui ont plus de sens.
Ainsi tant pour des raisons économiques liées à la mondialisation que pour les exigences de notre marché, nos entreprises doivent proposer des produits bourrés d’intelligence et de créativité.
Croire que cette nouvelle économie va pouvoir se développer dans le cadre de l’économie qui a été dessinée au lendemain de la dernière guerre mondiale est une illusion.
Ce qui caractérise l’économie de pénurie c’est qu’elle doit faire face à une demande de masse. Elle exige de grandes entreprises soutenues par des banques puissantes et un état directifs.
L’économie qui se dessine pour l’Europe doit privilégier l’ «atomisation des énergies » et leur « mise en réseau ».
- atomisation car il s’agit d’une économie plus risquée puisqu’elle fait face à une offre incertaine. Il nous faut donc des entreprises plus petites de manière à être plus réactives,
- en réseau car le risque doit être pour une part mutualisé puisque les structures sont légères et donc fragiles. En corollaire les avancées et les profits doivent être également mutualisés. C’est sur ce point que réside le besoin d’innovation en matière de gouvernance.
Cette notion d’atomisation conjugué à de mise en réseau est d’ailleurs un approche militaire qui a montré sa force dans les conflits majeurs de la seconde moitié du 20ème siècle, ce qui n’est pas un hasard (Vietman, Al Qaida notamment).
Avant la dernière guerre mondiale, nos entreprises étaient sous la loi des 3C : la génération qui crée, celle qui croit et celle qui croque. Parvenue à la troisième génération, l’entreprise disparaît, mais entre temps d’autres plus adaptés à l’état de l’art et au marché ont pris position. Ainsi se faisaient et se reconstituaient les fortunes.
Les créateurs d’entreprise de l’époque étaient de vrais créateurs qui avaient une idée et qui se mobilisaient totalement pour faire la démonstration de la valeur de leur idée. La génération suivante abordait la chose avec l’idée de pérenniser l’entreprise.
Après la seconde guère mondiale, nous avons été contraints de nous organiser autour d’une économie dirigée. C’est l’époque des « capitaines d’industrie » qui font encore rêver certains barons … en vain car le contexte économique a totalement changé.
Notre système actuel se comporte éternellement comme la seconde génération, c'est-à-dire celle qui croit : elle pérennise son offre, ce qui est normal à son niveau, mais pas au niveau du tissu entrepreneurial. L’âge moyen de nos entreprises du CAC 40 fait sourire nos voisins anglo-saxons.
Or la première génération, celle qui s’engage à fond dans une idée innovante est plus que jamais vitale dans une économie atomisée car il lui faut beaucoup de créateurs pour rester compétitif dans la période de mutation de la demande que nous vivons.
Sur 1 000 idées, 20 méritent d’être
étudiées, 5 valent la peine d’être mises en œuvre[3], 1 seule sera un vrai succès
qui permettra de financer le travail à effectué pour recruter le prochain lot
d’idées … c’est ainsi dans le show biz, mais ne sommes nous pas entrain de
passer d’une économie lourde à une économie créative ?
La nécessité de créer est profondément ressentie par nos concitoyens comme en témoigne le succès des salons de la création d’entreprise en ce début de 21ème siècle … malheureusement, de l’idée à l’acte, quelque chose coince comme le démontre les chiffres.
2. Nos atouts
2.1.1. Face à l’Asie
Les économies des pays émergeants sont actuellement dans une économie de pénurie ce qui donne un aspect très euphorique à leurs courbes de croissance.
L’Asie et
Avoir des voisins qui poussent à l’excellence est une bonne chose. Mais hâtons nous de transformer notre crainte en désir de réagir tant que les dragons rouges sont dans l’euphorie économique. Déjà chez eux, les manifestions se font jour. Tôt ou tard il leur faudra réfléchir à la répartition des richesses, la protection sociale et au financement des infrastructures … dans une économie qui entre temps, au train où vont les choses, sera passée dans une économie de l’offre.
La force de l’Asie réside dans sa volonté d’entreprendre, mais tout reste à mettre en place, ce qui nous offre une marge de manœuvre d’environ 15 ans.
Nous ne manquons pas d’atouts : nous disposons d’une population en bonne santé et bien éduquée, nos infrastructures sont financées … et nous avons aussi envie d’entreprendre, parce que nous voulons consommer autrement et vivre autrement. Nous aspirons à une vie moins fougueuse, plus apaisée mais néanmoins vigoureuse. Le zen change de camps en quelque sorte.
Nous devons inventer notre nouveau modèle de
société : ses modes de consommation et donc de production et donc de
financement. Seulement voilà : entreprendre impose de prendre un risque.
Collectivement nous avons pris le risque en horreur. C’est donc la gestion du
risque que nous devons réviser en priorité.
2.1.2. L’Europe et sa diversité
L’Europe compte parmi les siens des pays dont les économies et les aspirations populaires sont à différents stades d’évolution.
Par ailleurs, les jeunes qui sortent du système universitaire sont de plus en plus européens dans leurs modes de pensée, en particulier grâce au programme Erasmus et aux facilités de voyage qui leur sont offerts, notamment avec les auberges de jeunesses.
Or la force des réseaux d’entreprise repose sur la confiance et la complémentarité. Les générations montantes sont en mesure d’établir des réseaux de confiance à travers l’Europe. L’Internet leur permet désormais d’entretenir leurs réseaux de relation.
Dans ce ciment économique, l’Europe aura enfin véritablement accès au marché intérieur dont elle a besoin pour donner sa pleine dimension dans l’économie mondiale.
En construisant sa cohésion économique, l’Europe refonde sa base culturelle, prenant ainsi quelque distance avec l’image dégradée[4] de l’occident du 20ème siècle. Car tous nos abus cumulés ne font qu’attiser le dynamisme de nos challengers. L’esprit de revanche qui en résulte nous expose à des débordements que nous ne pouvons accepter pour nos enfants.
2.1.3. Une jeunesse expérimentée à récupérer
Nos organisations vieillissantes innovent peu.
Prenant peu de risques, elles n’ont besoin que de bons praticiens dans la force
de l’âge. La fougue des générations entrant sur le marché du travail tempérée
par l’expérience des seniors n’est plus perçue comme une richesse. Les les
quinquagénaires pèsent de tout leur poids des charges sociales et les jeunes
quittent le pays.
Lorsqu’ils souhaitent rentrer au pays, ils ne le peuvent pas car ils sont confrontés à un marché du travail embouteillé. Pour avoir un espoir de décrocher un emploi, il faut être sur place or ils ne rentrent que s’ils ont une perspective assurée. L’ennui est que ces candidats sont très souvent dotés de diplômes que notre économie a financée et qui produisent de la richesse pour d’autres économies.
En parvenant à détendre ce marché du travail grâce à une reconstruction innovante du tissu entrepreneurial, l’Europe peut espérer faire revenir vers elle ces jeunes riches d’une vision internationale.
3. L’écosystème de l’entrepreneuriat
Toute économie vit grâce à son tissu entrepreneurial qui, pour être sain, doit se renouveler sans cesse, ni trop vite, ni trop lentement.
Il y des chef d’orchestre qui font jouer, d’autres qui laissent jouer et d’autres encore qui empêchent de jouer. Notre système économique et social et notre appareil financier sont actuellement organisés de telle manière que nos gouvernements successifs sont des chefs d’orchestre de la troisième catégorie.
Un tissu entrepreneurial se génère et se
régénère un peu comme une forêt : les petites entreprises naissent et
meurent ou sont absorbées par de plus grandes qui à leur tour deviennent des
major ou disparaissent.
Lorsque le système fonctionne correctement, il y a un recyclage permanent des hommes, des savoirs et des profits.
Les politiques appliquées au tissu entrepreneurial doivent donc partir d’une vision d’ensemble et d’une application adaptée à chaque couche.
En France, le système politique est accaparé par les grandes entreprises qui absorbent l’élite, la capacité d’investissement et les processus décisionnels en matière de protection sociale.
Ceci est inadapté à l’épanouissement de l’entreprise moyenne est contre performant pour l’entreprise en création.
Les protestations éparpillées des chefs d’entreprises concernés sont vaines, pas seulement parce que le Medef, sensé défendre leurs intérêts, n’est pas en mesure de prendre en considération leurs récriminations. C’est toute notre éducation, notre culture, nos lois, notre système judiciaire et fiscal, notre industrie financière et finalement nos hommes politiques qui n’entend pas le message :
- Sur le plan éducatif : pour se sentir capable d’entreprendre, il faut comprendre le monde dans lequel on vit. L’économie et le droit sont absents de notre programme éducatif.
-
Sur le
plan culturel, pour prendre des risques, il faut s’identifier à des héros
qui ont osés. Les créateurs d’entreprise sont absents de notre univers
culturel.
Nous sommes certes baignés d’une culture judéo-chrétienne qui dit « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Celui qui gagne son pain à la sueur des fronts des autres est un exploitant. Dans une économie en réseau dans laquelle nous sommes désormais, nous sommes tous des exploitants. L’excuse n’est donc plus valable.
Les anciens chefs d’entreprise sont perçus comme des « risques tout » impossibles à recaser dans les entreprises et les administrations.
Les mots « gérants » ou PME ont une connotation péjorative … etc.
- Sur le plan judiciaire : les prud’hommes et les tribunaux de commerce sont impitoyables à l’égard de ceux qui ont tenté de créer des emplois et de créer de la richesse. Malheur à celui qui a mis un genou à terre. Il sera humilié, lessivé financièrement et interdit de séjour parmi les siens[5].
Les américains disent qu’en matière de création d’entreprise il faut se tromper trois fois pour réussir. En France nos entrepreneurs n’ont droit qu’à un seul essai. Ce sort réservé aux entrepreneurs n’est pas médiatisé, ce n’est pas pour autant qu’il ne frappe pas lourdement notre inconscient collectif.
- Le système fiscal distingue mal les revenus de celui qui a bien travaillé au poste qui lui a été confié et les revenus obtenus en prenant des risques dont toute la communauté profite[6].
Le dirigeant qui a bien peiné pour donner le jour à son entreprise découvre qu’en réalité vis-à-vis du fisc il est devenu un agent économique. Il doit adresser la richesse qu’il a produite à l’état qui dans sa grande sagesse lui en concède une partie. Le malentendu nourri des aigreurs …
L’exode actuel des dirigeants est perçu comme un épiphénomène en raison du faible nombre de personnes concernées. Outre l’aspect qualitatif, les chiffres impressionnent les entrepreneurs potentiels et fait des dégâts,
- Sur le plan financier : On ne prête qu’aux riches, ce qui légitime l’attitude de notre système financier qui sait faire de l’accompagnement, si possible pour fiancer des biens saisissables, mais pas de création de business[7].
- Sur le plan politique : nos hommes politiques[8] parlent volontiers en matière de recherche et d’innovation, mais très peu sur le monde de l’entreprise qui est à leurs yeux la chasse gardée des « partenaires sociaux ». Malheureusement, ces partenaires sont eux même bien loin de nourrir une réflexion sur les contraintes de notre tissu entrepreunerial qu’ils ont quitté depuis longtemps et dont ils pensent que la gestion ne relève pas de leur compétence.
Depuis plus de 30 ans l’innovation est gérée par l’Anvar[9], sans contrôle de performance.
Notre comportement inapproprié au développement de l’entreprise ne s’arrête pas là. Ainsi par exemple, nous commençons seulement à prendre en considération les biens faits de l’intelligence économique afin de protéger notre tissu entrepreneurial du « désherbant » qui lui tombe dessus depuis 50 ans en différents points stratégiques.
Ce rapide panorama donne l’ampleur des tâches à entreprendre pour que nous tirions pleinement des avantages concurrentiels dont nous disposons.
Un focus particulier doit être mis sur la création d’entreprise puisque nous devons inexorablement nous tourner vers la logique de l’atomisation entrepreunerial et l’entreprise en réseau.
4. De la création d’entreprise à la création d’emplois
Une entreprise née de la volonté d’un entrepreneur qui a une idée. Cette idée, pour être bonne, est à la jointure d’une innovation et d’un marché potentiel[10].
Les meilleurs créateurs d’entreprise ont entre 40 et 50 ans car ils connaissent un marché, un métier et ils possèdent une certaine maturité en matière de gestion des relations sociales et commerciales.
De l’idée au premier contrat commercial qui induira peut-être une première embauche, il y a 6 étapes décisives[11] :
1. structurer son idée et la mettre au point techniquement car dans une économie de l’offre, un bien ou un service insuffisamment mis au point ne rencontrera jamais durablement son marché,
2. habiller son offre avec du matériel marketing et commercial, car dans l’économie de l’offre, la marque inconnue doit déployer des trésors de communication pour établir la confiance auprès de ses distributeurs et de ses consommateurs,
3. constituer des moyens de distribution, car dans une économie de l’offre, rares sont les offres qui partent à la conquête de leur marché sans démultiplier leur potentiel commercial,
4. monter un business plan et convaincre au minimum un banquier (pour déposer son capital) et des investisseurs, car si les étapes précédentes n’ont pu être qu’effleurées avec les économies du ménage, elles vont devoir être déployées de manière professionnelle et donc coûteuses pour passer à l’échelle industrielle.
5. trouver des financements si nécessaire. En théorie il y a les fonds d’amorçage (voir § 4.4). Dans la pratique il y a les business angels. Malheureusement ils se font rares face à notre fiscalité qui a pour effet de faire fuir les détenteurs de capitaux et qui disperse les patrimoines familiaux. L’étape 5 est le barrage des projets ambitieux.
6. créer son entreprise juridiquement administrativement et physiquement.
4.1. Les aides à la création d’entreprise
Les trop nombreuses instances qui se
proposent d’aider les créateurs d’entreprise ne s’intéressent qu’à la 5ème
étape du parcours, c'est-à-dire une fois que tous les risques ont été pris. Les
aides qui sont alors proposées sont dérisoires et pénibles à obtenir, donc
inopérantes.
De plus, la pléthorée d’aides et donc de commissions délibératives a pour effet d’éparpiller les données vives de chacun des projets envisagés, laissant la part belle aux amateurs d’intelligence économique.
Seuls les projets les moins compliqués arrivent à l’étape 5, ce qui nuit considérablement à la diversité de notre tissu entrepreneurial.
Le réseau d’incubateur qui se met en place va dans le bon sens, mais présente l’inconvénient majeur d’être trop généraliste.
En effet pour couvrir correctement les phases 1, 2 et 3, le créateur d’entreprise doit avoir accès à des données sectorielles qui sont ou devraient être détenues par la ou les corporations dans lesquelles il veut implanter son projet. Malheureusement, les corporations en France ne se sentent pas concernée par la création d’entreprises nouvelles dans leur propre secteur d’activité.
4.2. Le rôle des corporations
Renouveler son propre tissu entrepreneurial relève traditionnellement[12] du rôle d’une corporation. Cela est d’ailleurs bien normal car :
- une entreprise établie développe et perfectionne son offre (innovation de développement).
- les offres franchement innovantes ne peuvent être portées que par un nouveau venu dans une structure légère et très réactive (innovation de rupture).
Le nouveau venu deviendra peut être grand à
son tour. De toutes façons il aura ouvert une voie nouvelle dont ses aînés
bénéficieront.
S’il échoue un peu, il sera racheté par un aîné qui à son tour perfectionnera l’idée.
S’il échoue totalement, il aura néanmoins développé une expérience qui pourra être mise en valeur chez un de ses aînés.
Pour toutes ces raisons, le candidat à la création d’entreprise doit être porté par ses pairs qui au passage sauront dissuader les projets trop irréalistes[13].
La théorie du 1 /1 000 en matière de création d’entreprise à fort potentiel (voir § 2) est très théorique car en réalité plus une corporation est dynamique, plus elle est riche plus elle peut oser soutenir de projets et moins elle se trompe et donc plus vite elle s’enrichi … C’est typiquement ce qu’il se passe aux USA dans l’industrie informatique.
L’absence des corporation dans le montage des aides aux entreprise et l’obsession de la règle inique amène à des aberrations stérilisantes. Par exemple le circuit des aides proposé aux entreprises innovantes au niveau national correspond à un profil d’entreprise et un parcours de développement adapté au monde de l’industrie, éventuellement aux biotechnologies, pas du tout aux services et au monde du divertissement. Les TIC sont très handicapés pour se couler dans le moule.
Les aides au financement de la production d’un film ne sont pas par des conditionnées par des partenariats avec des laboratoires, des universités ou des confrères européens. Les équipes auteur de logiciel sont soumises à cette contrainte, ce qui n’a pas de sens en raison des similitudes des processus de création et de production.
La corporation doit pouvoir gérer ses règles spécifiques dans un cadre général.
4.3. Le rôle des régions
Assez bizarrement en France, nous avons, pour le moment, donné une dimension géographique plus que corporative à la dynamisation du tissu entrepreneurial.
A l’erre de l’Internet ce choix n’est pas très pertinent. Les créateurs d’entreprise se fixent spontanément là où ils trouveront des entreprises fournissant des contrats et formant de manière plus opérationnelle les spécialités qui seront la clef du succès. Accessoirement, ils se reprochent des gisements de talents dont ils ont besoin, c'est-à-dire proche des universités ad hoc.
4.4. Le rôle de la finance
Le système bancaire est montré du doigt dès que l’on se penche sur la difficulté à créer une entreprise en France. Il est vrai que sa frilosité et son attitude vis-à-vis du créateur d’entreprise confine parfois au ridicule : elle ne finance que des biens saisissables alors que la richesse de l’entreprise est de plus immatérielle (un concept, une marque, un réseau commercial coûtent à développer mais ne sont pas saisissables).
Cependant, au regard des conditions d’isolement dans lequel les entrepreneurs préparent leur business plan, il est bien évident que la plus part des projets présentés aux banques sont inaboutis et donc peu engageants. Epaulé par une ou plusieurs corporations, les projets deviennent plus clairs, mais pas pour autant apurés de risques.
Prendre des risques est au cœur de la tâche du financier. Le risque d’amorçage est le plus délicat. Il doit être plus mutualisé que les autres. Les américains le font porter par les « business angels[14] ».
En France cela n’est pratiquement pas possible, pour des raisons fiscales, mais aussi parce qu’il n’y a pas assez de fortunes disponibles et surtout parce que la « solidarité » est perçue comme une affaire de l’état.
C’est ainsi que nous manquons de moyennes entreprises car nos pouponnières sont peuplées d’entreprises fragiles car sous-capitalisées, ce qui nourri un taux de morbidité trop élevé.
Le business angel à l’américaine est
aujourd’hui trop éloigné de nos références culturelles à nous Européens qui ne
sommes plus sous le charme de la bravoure des conquérants de l’Ouest. Marx et
l’église catholique nous ont rendu plus collectifs et nos fortunes sont plus
éparpillées. Les FCPI ne remplissent pas bien leurs offices mais sont sans
doute les plus adaptables à notre culture.
Pour le moment ils n’irriguent pas les risques de création d’entreprise en raison de la médiocrité des dossiers qui sont proposés aux gestionnaires.
Quoi qu’il en soit, les banques ne cherchent pas à faire des propositions, mais elles n’y sont pas invitées. C’est notre vision de l’écosystème qui est à revoir.
5. De l’entreprise à la recherche
Si la classe politique se désintéresse de l’entreprise, elle parle beaucoup de l’innovation qu’elle associe à l’emploi. Elle a raison : nos emplois de demain naîtrons de nos innovations d’aujourd’hui.
Il y a cependant un malentendu sur le mot
innovation qui semble nécessairement issu des laboratoires.
La roue est une innovation majeure qui n’est pas sortie d’un laboratoire, mais qui est née de l’observation. Le micro-ordinateur est née d’une idée dont le bien fondé a été démontré dans le garage de Steve Job et non dans les puissants laboratoires d’IBM.
En France, nous voulons à tout prix favoriser une certaine idée de l’innovation qui est franchement technologique et si possible née dans un laboratoire.
L’innovation peut être marketing, financière, juridique, artistique et de plus en plus souvent un peut tout à la fois.
Nous devons dépasser notre approche restrictive, même si elle est actuellement adaptée à la formation de notre élite dans nos écoles d’ingénieurs et qu’elle vise à valoriser les travaux de nos laboratoires de recherche.
Le lien entre recherche, innovation et entreprise ne peut être valorisé que si nous faisons évoluer notre compréhension du rôle de chacun dans le processus de développement du tissu entrpeneurial :
-
si la création d’entreprise part d’une idée. Une
fois établie sur son marché, l’entreprise n’a de cesse de perfectionner son
offre. Pour ce faire, elle a besoin d’aller plus loin dans
- Les laboratoires de recherche doivent donc être associés au développement des moyennes et des grandes entreprises et non à la création comme nous sommes tentés de le faire car un chercheur, trop éloigné du monde des affaires, n’est pas préparé à la création d’entreprise. Ce manque de préparation l’expose à trop de risques.
6. Propositions
6.1.Idée directrice
6.1.1. Culture de l’entrepreneuriat
N’est pas créateur qui veut. Cependant celui qui en ressent le besoin doit pouvoir tenter sa chance sans appréhension. Son entourage doit le soutenir et non le retenir. Pour cela, il faut :
- mettre un terme aux craintes en éradiquant toutes les pratiques de l’administration et du système judiciaire qui ruinent tout désir d’entreprendre,
- valoriser des résultats obtenus grâce à la politique de création d’entreprises innovantes.
6.1.2. Partage du risque entrepreneurial
Les créateurs d’entreprise ne peuvent plus porter seuls les frais et les risques des 5 phases (voir page 7). La collectivité doit l’accompagner. En contre partie, elle sélectionne les projets qu’elle soutient. Le soutient est porté en priorité par les corporations concernées qui évoluent dans une optique de recyclage permanent des hommes, des savoirs et des profits.
Les mesures proposées doivent être pensées simultanément au niveau national et européen.
6.2. Priorités
- La rationalisation du financement de l’innovation de rupture et l’innovation de développement : la mise en place de circuits financiers correspondant aux 3 âges de l’entreprise et à la diversité des métiers,
- La révision du statu de chef d’entreprise[16] : une réelle protection de l’entrepreneur et de son patrimoine,
- L’appropriation des incubateurs par les corporations, règles de soutient adapté à chaque corporation,
- Le renforcement de notre intelligence économique en direction des entreprises très innovantes et fragiles,
- Ouverture simplifiée aux marchés publiques et paiement des biens et services dans le délai normal de 30 jours,
- Une formation juridique et économique dès le lycée.
[1] Il faut couvrir les besoins vitaux de la nation.
[2] Il faut séduire le client face aux différentes propositions qui lui sont faites par les concurrents.
[3] Il est d’usage dans le capital risque Français de ne lire que 10 dossiers et de n’en financer que 4 par an.
[4] Suite aux abus écologiques, économiques et politiques dont nous sommes accusés dans le sillage des USA.
[5] Voir document joint sur les tribunaux de commerce.
[6] Le revenu horaire d’un dirigeant d’une entreprise de moins de 3 ans est statistiquement inférieur de 50% au smic.
[7] Les FCPI (fonds de commun de placement dans l’innovation) ne sont pas utilisés dans la création d’entreprise, mais dans les seconds voir plus communément les troisièmes « tours de table », c'est-à-dire lorsque l’entreprise a dominé tous les risques de premier niveau. Ces fonds sont donc utilisés en phase de développement d’une innovation qui a fait ses preuves (et qui n’est donc plus une innovation). D’une part ces FCPI ne sont pas assez attractifs, d’autre part leur emploi n’est pas contrôlé. Ils n’irriguent pas la création d’entreprise. Il n’est donc pas possible de créer des entreprises innovantes nécessitant des investissements en « matière grise ».
[8] Globalement peu issu de monde de l’entreprise et encore moins de l’entrepreuneuriat.
[9] Un audit sur 30 ans des dossiers traités semble aujourd’hui nécessaire. De toute évidence, les critères et les méthodes ne sont pas probants.
[10] C’est la notion de « juste à temps ».
[11] Actuellement ces 5 étapes s’étalent en moyenne 12 mois. Ce temps d’incubation ne cesse de se rallonger.
[12] Si l’on observe les bonnes pratiques à différentes époques et en différents points de la planète.
[13] Actuellement c’est la sphère financière qui fait la sélection. La profitabilité ne peu pas être le seul critère au regard des contraintes de renouvellement d’une corporation. Plus grave encore, les analystes ne sont pas systématiquement des visionnaires précurseurs, ils sont mêmes plutôt suiveurs. Nombre de projets échouent parce qu’ils n’ont pas rencontré le banquier visionnaire qui connaît simultanément son métier de banquier et celui du porteur du projet.
[14] La bien séance veut que celui qui s’est enrichi rend à la société une partie de la richesse qu’il a acquise. Cela peut se faire en aidant de nouveaux entrants dans une corporation.
[15] Recherche et développement.
[16] Notamment, les revenus moyens des créateurs d’entreprise (ramené au taux horaire) sont calamiteux, il n’a pas accès aux protections sociales des salariés et celles qui lui sont proposées sont coûteuses et peu opérantes.
